Premières Réécritures

Fragment VI

(Hamlet Martin, Horatio).

Octobre 2008, dans les rues brumeuses de Londres, arrêté sur une route très près d’une rivière, Hamlet Martin dort dans sa modeste voiture. Il s’éveille, regarde l’heure automatiquement. Il cherche résolument quelque chose à faire. Il allume une lumière et une cigarette et se penche vers la banquette arrière pour y prendre un vieux livre. Il se met à l’examiner.

HAMLET MARTIN, en référence à son livre «La souricière : autobiographie d’Hamlet Campbell, diplomate». Honte à ma personne, cet homme porte mon prénom! Je ne comprends pas que mon père ait ça en sa possession! Je comprend bien qu’il est aussi diplomate, mais une autobiographie, ah, il n’y a rien de plus…plus! (Il s’emporte un peu) Les cheveux blancs rayonnants sous la lumière fantomatique, la cravate bien droite, le dentier aussi, l’expression qui dit «crois-moi, je vais tout t’apprendre». Toutefois, je peux au moins pardonner mon père pour une chose; il a su cacher son vice pour les autobiographies entre le pneu de rechange et le fond du coffre arrière. Mais il m’a refilé sa voiture! Le pauvre!

Hamlet Martin feuillette le livre hasardeusement et lit des passages à voix haute, ironique.

«Si j’écris ce livre aujourd’hui, c’est pour que surgisse la vérité et qu’un jour se fasse entendre une voix qui risque de dormir longtemps dans l’ignorance. C’est mon legs à la venue du vrai départ.»

Pff…

Hamlet Martin tourne quelques pages et jette un coup d’œil à la date d’édition.

Elle dort sûrement dans l’ignorance depuis… 1990! En… Norvège, en plus!

« Alors que je partais en Norvège avec mon demi-frère et assistant Claudius Martin pour régler un important et dangereux dossier, ma carrière de diplomate était déjà riche de 15 ans d’expérience. Je me sentais tout frais et d’attaque après un congé de paternité d’un mois où j’avais passé, telle une lune de miel, du temps précieux à chérir ma femme Gertrude et mon fils Hamlet Junior. […]»

Junior!

«Quelques jours après mon arrivée, alors que Claudius et moi prenions l’air dans un charmant verger, trois hommes m’enlevèrent sous les yeux ébahis de mon demi-frère. C’est comme si, sans aucun calcul, on m’arrachait à ma vie, ma femme et mon enfant, me précipitant tout droit en enfer. Je me sentais comme si on m’avait pris dans une trappe à souris. Mon corps souffrait, c’était à croire qu’un vil poison se répandait dans mes veines tel un serpent rampant vers sa proie. Je peux dire aujourd’hui que quelqu’un m’a arraché la vie en m’enfermant trop longtemps hors de ma réalité. […] »

«À ma libération, c’est comme si j’étais disparu de la carte du monde. Étais-je devenu fou? Dans les journaux, personne ne parlait ou avait parlé de ma disparition et un bref espionnage dans ce qui me paraissait mon ancien foyer me fit demander si ce n’était pas une vie que j’avais projetée grâce à mon esprit un peu échevelé. […]

Hamlet Martin continue de lire, mais silencieusement. Le brouillard s’est estompé peu à peu. Quelqu’un cogne trois coups à la fenêtre de la voiture. C’est Horatio.

HORATIO, visiblement excité et content de retrouver son ami Hey, comment ça va? (Il prend le livre sans hésiter puis se met à rire) Qu’est-ce que tu fais là à lire des autobiographies sombres dans le noir?

HAMLET MARTIN, en sortant de sa voiture Je t’attendais! J’avais du temps à tuer, je suis sortis plus tôt de la maison. Admettons qu’il y a quelqu’un qui se prenait un peu trop pour mon père!

HORATIO Je te jette ça! (Il le lance sans hésiter. Le livre tombe dans la rivière). On va passer aux choses plus sérieuses. (Il sort rapidement de son sac un sachet de drogue et ce qui est nécessaire à sa consommation)

Les deux jeunes hommes sont visiblement très heureux de ce qui les attend. Hamlet Martin effectue tout de même quelques regards circulaires autour de lui et de son ami.

HAMLET MARTIN Fais ça vite tout de même! J’ai bien peur que mon père ait encore mis ses deux gardes à mes trousses parce qu’il veut s’assurer qu’aucun bruit s’effrite à mon égard dans son milieu diplomatique.C’est ça qu’il dit, mais je pense qu’il s’inquiète plutôt qu’il préfère savoir ce que je fais. Il met ses deux clowns musclés à ma disposition. Ils sont gentils avec moi, mais je doute toujours de leur honnêteté, tu comprends? Ils s’appellent Rosencrantz et Guildenstern, mais moi je les surnomme avec mon fort accent anglais «R and G». R comme «they are» et G comme «je suis». Ils se conjuguent à la fois au pluriel et au singulier du «je». Ils peuvent bien agir en leur nom, mais ils agissent aussi en celui des autres.

HORATIO, en allusion aux deux sachets, pour qu’Hamlet en choisisse un Pile ou face?

HAMLET MARTIN Les deux!

Ils rient

HORATION ET HAMLET MARTIN, à l’image d’un «cheers» Bonne St-Patrick!

Les deux amis prennent leur dose. Ils apprécient le moment.

«Scène 7.1»

Le lendemain, dans une heure très avancée de la journée. Hamlet est couché dans son lit, dans ses appartements au sous-sol de la maison familiale. Il se réveille sèchement et regarde le plafond.

HAMLET MARTIN, toujours moqueur, il se remémore à haute voix un passage qu’il a lu silencieusement la veille

«Celle que je croyais ma femme, celui que je croyais mon fils et celui que je croyais mon demi-frère n’était pas ce qu’ils étaient. Le lien de sang les unissait dans un même groupe. Je suis parti sans dire un mot, je suis parti dans le doute. […] »

Puis, dans l’urgence et le sérieux, Hamlet se lève soudainement réveiller Horatio qui dort sur le canapé.

HAMLET MARTIN, le secouant vigoureusement Horatio! Horatio!

HORATIO, se réveillant à peine Mmmm?

HAMLET MARTIN Le livre!

HORATIO Quoi?

HAMLET MARTIN Tu me promets de ne rien dire?

HORATIO Non…

HAMLET MARTIN, le coupant immédiatement C’est sérieux, jure-moi!

HORATIO, appuyant sur ses mots Je disais : non, je ne dirai rien, promis. Qu’est-ce qui se passe?

Catherine Arsenault

Fragment VIII

Premières Réécritures

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